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Homélie du 24ème dimanche du temps ordinaire

lundi 18 septembre 2017, par JMRoche

24 dim A 2017 - Sir. 27,30-28,7 ; Ro. 14,7-9 ; Mat. 18,21-35.

Ben Sira nous invite à ne pas nous venger et à pardonner largement pour concentrer notre énergie sur une vie juste et droite. Il sous-entend ainsi que la vengeance et la rancune menacent gravement une vie juste et droite. Mais est-il possible de répondre à l’invitation de Ben Sira ? Pierre est convaincu que les humains ont une capacité de pardon limitée puisque accorder 7 pardons lui semble être un maximum. Par contre Jésus est bien plus optimiste puisqu’il fixe le maximum à 490 fois ! Autrement dit Jésus considère que notre capacité à pardonner est illimitée puisque nous pouvons pardonner 490 fois à toutes les personnes qui nous font du mal d’une manière ou d’une autre. Mais Pierre se situe du point de vue de notre humanité tandis que Jésus se situe du point de vue du royaume de Dieu. Et par une parabole, il nous décrit à la fois l’économie propre au royaume de Dieu et par quelle voie nous y accédons.

L’économie du Royaume de Dieu est fondée sur la redistribution de la grâce. Je suis ce que je suis parce que d’autres m’ont fait grâce, de même que le roi fait grâce à l’homme de sa dette de 60 000 talents, dette impossible à rembourser, si ce n’est au prix de sa propre vie et de la vie des siens. Nous bénéficions tous d’une remise sur une dette impossible à rembourser : la dette de la vie ! Car pour la rembourser, il faudrait la perdre ! Et la sanction que le roi impose à ce débiteur quand il se révèle ensuite impitoyable nous apprend qu’en lui remettant la dette de la vie il lui a aussi donné les moyens de remettre aussi généreusement les dettes de ses propres débiteurs. Ainsi les remises de dettes, les pardons que nous octroyons redistribuent le don de la vie que nous sommes dispensés de rembourser ! Voilà pourquoi Jésus considère que nous pouvons pardonner à l’infini.

Mais entrer dans cette économie suppose que nous ayons des tripes aussi sensibles que celles du roi. En effet celui-ci est bien décider à se faire rembourser les 60 000 talents. Mais il est pris aux tripes – car en grec « avoir pitié » se dit littéralement « être pris aux tripes » - et c’est alors qu’il fait grâce. Par contre son débiteur se révèle impitoyable ! Ses tripes ne sont pas du tout sensibles à la détresse de celui qui implore sa bienveillance. Et de ce fait, il n’entre pas dans l’économie du royaume de Dieu, bien qu’en ayant bénéficié, et en reste à cette économie que Pierre essaie d’aménager un peu lorsqu’il questionne Jésus. Cette économie du royaume est parfaitement condensé dans ces mots du Notre Père « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés »…Nous demandons au Père de nous traiter comme nous traitons les autres parce que nous traitons ces derniers aussi généreusement que le Père nous a traité !

Ainsi appartenir au Christ comme Paul nous le propose, suppose que nous entrions dans l’économie du Royaume des Cieux telle que Jésus la décrit, autrement dit que nous remettions sans compter aux autres leurs offenses et dettes de même que le Père ne cesse de le faire avec nous par la médiation des femmes et des hommes qui nous transmettent la vie !

L’économie proposée par Jésus peut sembler utopique mais voyez-vous une autre voie que la remise de dette tous azimuts et à tous les niveaux de la société pour sortir de la violence de notre monde et entrer dans la fraternité du Royaume ? L’histoire récente donne raison à Jésus ! Rappelez-vous que l’obsession du remboursement des dommages de la première guerre mondiale a fait le lit du nazisme et que la remise de la dette allemande après la seconde guerre mondiale a permis à la RFA de décoller, a remis en route les économies des démocraties européennes et a favorisé largement la reconstruction européenne ! Je vous laisse méditer sur le traitement récent de la Grèce et d’un bon nombre d’autres pays de par le monde ainsi que sur ce qu’on appelle les « Crédits Revolving »… Mais qu’en est-il de chacune et chacun d’entre nous ? Qui sont ces rois ou ces reines qui nous font grâce de la vie ? Comment la redistribuons-nous ? Comment réagissent nos tripes devant nos débiteurs ? Quand relevons-nous de l’économie que Pierre essaie d’aménager et quand relevons-nous de l’économie du Royaume des Cieux ? Enfin, considérons-nous notre Père du ciel comme un redoutable créancier ou comme ce Seigneur débonnaire décrit au fil du psaume 102 ? Olivier Petit.

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