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Homélie du 25ème dimanche du temps ordinaire

mardi 26 septembre 2017, par JMRoche

25e dimanche A 2017

« Allez, vous aussi, à ma vigne ! » Certains y sont déjà, en ces jours où les vendanges battent leur plein. Et l’on sait combien ce surcroît d’embauche est apprécié des personnes en recherche d’emplois et des étudiants. Mais, c’est à une embauche d’un autre ordre à laquelle nous sommes conviés aujourd’hui. L’issue surprenante de la parabole montre bien que le maître du domaine n’est pas un employeur comme un autre.

Quelle idée d’embaucher si tardivement, en toute fin de la journée ! Et surtout à un taux de rémunération aussi fantaisiste : au final, tout le monde pareil ! Ce n’est pas juste ! Honte à cet employeur malhonnête ! Il faut se mobiliser pour dénoncer de telles injustices, surtout en ce moment où l’on se mobilise pour le respect de la justice sociale. Nous y sommes d’autant plus sensibilisés en ces jours où s’engage une réforme du droit du travail qui se doit de ménager à la fois des droits personnels des salariés et les intérêts collectifs de l’entreprise. Malgré à cela, notre employeur fait preuve d’une totale injustice.

Mais, au fond, pour le maître du domaine, s’agit-il d’être juste ? La parabole des ouvriers envoyés à la vigne répond à une autre question, non plus sociale d’abord mais théologique : qui peut être sauvé ? C’est la question posée par Pierre après la rencontre avec l’homme riche. Vous vous souvenez, cet homme qui voulait entrer dans le royaume de Dieu avec tous ces biens, sans en être changé personnellement.

Et Pierre d’interroger Jésus : qui donc peut être sauvé ? Nous, nous avons tout laissé pour te suivre… Mais jusqu’où faut-il aller dans le dépouillement de soi ? La réponse de Jésus ne se fait pas attendre : quiconque aura laissé maisons, frères, sœurs, père, mère, enfants à cause de mon nom, recevra bien davantage et il aura en héritage la vie éternelle. Quitter à cause du Christ pour recevoir de Lui par-dessus tout. Et de conclure : beaucoup de premiers seront derniers, et de derniers premiers. Les « premiers derniers », c’est le cas de l’homme riche : par la pratique des commandements, il se croyait leader en tout, y compris pour la vie éternelle. Au final, il repart tout triste…

Maintenant, c’est à ces « derniers premiers » que s’intéresse notre parabole, appelée justement « parabole des ouvriers de la dernière heure »… Eux, ils arrivent en dernier, bien après les autres, les ouvriers de la 1ère vague, les premiers arrivés, ceux qui n’attendaient que cela. Et c’est bien là le problème : ils se savaient attendus. Pour eux, le contrat est conclu gagnant-gagnant : une pièce pour une journée. Pour ceux qui arrivent ensuite, la relation n’est pas contractuelle mais unilatérale : ce qui est estimé juste. Et pour les derniers, rien n’est prévu si ce n’est la même mission que les autres : « allez vous aussi à ma vigne ! »

Du coup, les premiers, de quoi se plaignent-ils ? Ils reçoivent ce à quoi ils ont droit. Le contrat est respecté dans sa lettre. Qu’ont-ils encore à contester ? Et que dire des derniers qui, pour une heure, reçoivent autant que les autres ? Ces derniers, ce sont eux les premiers, parce qu’ils n’attendaient plus rien. On ne faisait même pas attention à eux. La preuve, ils étaient désœuvrés. Personne ne les avait embauchés, à l’exception de ce maître bienveillant qui s’intéresse à leur sort. Pour lui, sa bonté, c’est sa manière à lui d’être juste.

« N’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ? ». Voilà le fruit mûr de la vigne du Seigneur, le vin nouveau prometteur des vendanges de Dieu. Entrer dans le royaume de Dieu, c’est consentir à quitter d’une logique contractuelle, justicière pour entrer dans une autre logique, celle d’un monde nouveau : un monde où la justice ne se suffit pas à elle seule, mais où la sève la plus profonde se trouve dans la générosité d’un amour qui ne compte pas.

Cet amour est une grâce au sens où il est gratuit et gracieux. Et les ouvriers de la dernière heure le reçoivent comme tel, ce que les premiers ouvriers ne comprennent pas parce qu’ils n’ont pas tout quitté pour leur maître. Comme l’homme riche, ils sont encore trop encombrés d’eux-mêmes (de mérite, de reconnaissance, d’amour propre, d’orgueil…). Cet amour est exigeant. La reconnaissance, la prise en compte du mérite sont certes à respecter dans les relations humaines et dans les parcours professionnels. Quel éducateur ne prendrait pas soin de valoriser les progrès de ses élèves ? Quel chef d’entreprise négligerait les plans d’évolution de carrière de ses salariés ? Quel salarié resterait indifférent à l’obtention d’un avancement ou d’une promotion ?

Mais, au cœur de nos relations humaines, Dieu nous lance un appel prophétique qui nous rejoint et nous dépasse en vue du royaume, un appel nouveau apte à nous transformer à cause du Christ et de l’Evangile. Alors, voulons-nous, nous aussi, aller à la vigne ? Il n’est jamais trop tard ! Encore faut-il se décider pour Dieu !

Cette invitation arrive à point nommé pour un temps de début d’année pastorale. Notre Dieu n’a qu’un désir : embaucher chacun de nous à sa vigne, sans réserve. De quelle manière, allons-nous le faire concrètement cette année ? Allons-nous y répondre en posant nos conditions ? Ou bien irons-nous les mains nues. Ce que nous engagerons en Eglise, cela ne nous rapportera peut-être rien ? Cela ne se verra peut-être même pas ? Justement, c’est à ce prix que nous ferons une véritable expérience de dépouillement : celle de ne tenir que grâce à la seule reconnaissance et à la seule bonté de Dieu. Là sera notre vraie richesse : avoir quitté ce qui nous tient trop à nous-mêmes pour nous laisser conduire par un Autre dans cette aventure de la confiance aux mains nues.

Amen.

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