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Homélie du 11ème dimanche ordinaire

lundi 18 juin 2018, par JMRoche

Demain, lundi, est un grand jour ! Du moins pour les bacheliers qui plancheront sur l’épreuve de philosophie. Aujourd’hui, c’est aussi un grand jour où Jésus nous rassemble pour nous soumettre à une toute autre épreuve, une épreuve de théologie disons : A quoi comparer le règne de Dieu ? Donner un exemple pour l’illustrer ! A la différence de ceux qui plancheront demain, le corrigé, si l’on peut dire, nous est déjà donné par Celui qui nous interroge. Il le fait au moyen des deux paraboles qui nous sont présentées. Et cela nous aide bien, car, avouons-le, le règne de Dieu, nous ne saurions en dire grand-chose spontanément. En tout cas, pas à la manière dont Jésus nous l’enseigne.

C’est vrai que si la question est déroutante, la réponse l’est tout autant : le règne de Dieu comme une plante en devenir, comme une graine en croissance ! L’image est claire, mais elle ne doit pas nous tromper. L’idée d’un règne, c’est-à-dire d’une action politique, une autorité qui s’exerce, semble mal s’accorder avec la métaphore de la nature. A priori, la souveraineté a peu à voir avec la germination lente et invisible du grain semé en terre… Au contraire, parler de règne, de royaume est une manière d’exprimer la manifestation d’une puissance publique qui s’impose de l’extérieur.

Pourtant, le prophète Ezéchiel, dans la 1re lecture, nous a bien préparés à cette image de saison : le Seigneur est un cultivateur, il sème, il plante lui-même. Et il attend de son peuple des fruits de justice et de paix. Avec Dieu, peu importe si cela commence petit, pourvu que cela ne se fasse pas sans nous. Voyez : tout commence avec un homme qui jette du grain. Pas de croissance divine sans une audace humaine : se décider, oser agir, se lancer, entreprendre. Tout faire comme si tout dépendait de nous, puis faire confiance en tout comme si tout dépendait de Dieu.

Voilà le paradoxe évangélique. Voilà le mystère du règne de Dieu que nos entreprises humaines, même les plus ambitieuses, ne pourront jamais égaler ; de jour comme de nuit, la semence germe et grandit, nous ne savons comment. Mais le résultat est là : surprenant, inouï même, au-delà de toute estimation. Au fond, le royaume de Dieu n’est que cela : du tout-petit qui contient, en promesse, la grandeur d’une Vie qui nous habite ; du presque-rien, qui porte en germe, la puissance d’un Amour qui nous transcende.

Ce tout-petit apparent qui devient grand pour Dieu a sans doute de quoi inspirer une relecture d’année, et même de plusieurs années. Au moment où nous rendons grâce pour les 14 années vécues ensemble à la Guillotière, je ne peux manquer de recueillir, en une belle gerbe de fruits, les bienfaits de Dieu reçus gratuitement. Au départ, à vue humaine, cela n’était pas gagné.

Il y avait même de quoi s’interroger, à l’époque, sur le bénéfice prévisible des changements subis sur le quartier qui nous ont fait passer d’un ensemble de 4 paroisses (avec St Marie de la Guillotière), puis à 3 paroisses, puis à une seule paroisse, la paroisse nouvelle du Bienheureux A. Chevrier. Dans le même temps, le nombre de prêtres a diminué alors que leur charge de travail a augmenté. En 14 ans, nous sommes passés d’un curé avec deux vicaires et plusieurs prêtres auxiliaires à un curé à plein temps et un vicaire à mi-temps, puis à un curé, sans vicaire et avec quelques coups de mains…

En rester là, à un décompte clérical, est tout à fait insuffisant. Ce serait même raisonner à court vue, sans reconnaître l’engagement de bien des laïcs avec qui j’ai eu grande joie de travailler : que ce soit dans l’accompagnement des adultes aux sacrements ou les rencontres fraternelles au sein des groupes de la Parole. Ce serait aussi sans compter sur ce qui, au-delà du résultat sensible, murit humblement dans la vie intime des personnes : un événement déterminant qui a remis en route telle personne dans la foi et l’a conduit à demander un jour la confirmation, une expérience positive de l’Eglise faite par des fiancés jusque-là terrorisés à l’idée de venir à la paroisse, un goût renouvelé chez beaucoup pour lire et mieux connaître les Ecritures et pour oser en parler entre voisins de quartier ou d’immeubles.

Bien-sûr, comme tout itinéraire humain, ce murissement dans la foi n’a pas toujours été constant ; il n’a pas nécessairement conduit les personnes là où nous avions espéré les mener. Accompagner un chemin de croissance en Dieu se heurte parfois à l’obstacle de bien des fragilités humaines, relationnelles, affectives, spirituelles. Au point de regretter ces promesses données un jour mais non tenues le lendemain, ces engagements superficiels à notre goût, ce peu d’appétit à prendre finalement au sérieux l’évangile.

C’est dire que ceux qui nous confiés ne sont pas fait d’un autre bois que nôtre. Ils partagent la même humanité qui celle qui nous constitue tous, avec le meilleur et le pire. De telles expériences contrariées nous rappellent à l’humilité devant Celui qui seul donne la croissance.

En parcourant, le fil de ces années, j’ai pris conscience que je ne suis plus tout à fait le même que lorsque je suis arrivé. Il m’a été donné d’accueillir bien au-delà de ce qui était prévisible, de recevoir plus qu’espéré. Appelé en 2004 à venir à la Guillotière principalement pour rédiger une thèse de doctorat et mettre sur pied une maison de la Parole avec le P. Tantôt, il m’a été donné en plus, grâce une équipe mariage motivée, de proposer un nouveau parcours de préparation au mariage enraciné dans l’Ecriture et dans la vie locale de la paroisse, de me former aussi, grâce notamment à l’expérience d’Hélène Bonicel et l’équipe du catéchuménat, à l’accompagnement des adultes dans la foi. Bien-sûr, je n’oublie pas la qualité des célébrations dominicales animées, chantantes et priantes, les baptêmes célébrés dans certaines de vos familles, mais aussi tant des rencontres gratuites, tant d’intentions de prières confiées dans des moments de peine, de vrais temps d’amitié partagée, jusqu’au simple bonjour ou à un merci à l’issue d’une messe….

Au terme de ces 14 ans, je ne crois pas que j’ai grandi… c’était déjà fait avant ! Mais il m’a été donné d’expérimenter intérieurement cette grande confiance en ce Dieu qui ne cesse de donner la croissance et la vie. Sans doute, m’avez-vous permis, qu’avec son aide, je sois devenu, comme prêtre, davantage disciple à cause du Royaume des cieux. Ce service d’Eglise ne se vit pas seul. Il ne s’impose pas de lui-même. Il se reçoit et Dieu et des autres : en équipe avec des frères prêtres en particulier le P. Olivier qui a toujours été encourageant, avec des laïcs, dotés de jugement et de tempérament souvent bien différents du mien. Cette expérience de grâce, personne ne peut en être comptable. Dans cette eucharistie, je n’ai pas d’autre désir que de la remettre maintenant à Dieu en lui disant :

Quelle vie ! Quelle joie !

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