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Homélie du 14ème dimanche ordinaire

lundi 9 juillet 2018, par JMRoche

Encore un scandale dans l’Eglise ! D’où vient-il ? Celui par qui le scandale arrive aujourd’hui, c’est Jésus que nous connaissons. Son passé, ses origines sont dans toutes nos mémoires. Il est trop connu pour échapper à l’image familière qu’on s’est faite de lui : lui le charpentier de Nazareth, le fils de Marie. Le voilà qui revient dans son village. Il ne semble pas y être retourné depuis le début de sa mission. Mais ce retour fait scandale… Que s’est-il passé entretemps ?

Il a sillonné la Galilée en parlant et agissant avec une autorité hors du commun. Et cela finit par se savoir… Mais voilà que l’enfant du pays qui revient chez lui n’est plus reconnu par les siens. Beaucoup d’auditeurs sont frappés d’étonnement, nous dit-on ! D’où lui viennent ce pouvoir et cette sagesse hors norme ? Une chose est certaine : ce n’est pas dans sa famille, ni dans son village qu’il a appris tout cela. Il n’a pas fréquenté les grands maîtres spirituels de son temps. Alors, si ce n’est chez les siens, où l’a-t-il donc appris ?

Jésus de retour à Nazareth est incompris et c’est cela qui fait scandale. Qui est donc cet homme ? Telle est la question que pose l’évangéliste Marc. Et de répondre : Jésus est un homme parmi les hommes qui ne cesse d’être fils de son Père céleste. Mais alors, peut-on faire crédit à cet homme en lui donnant notre foi, en lui consacrant notre vie entière ? Telle est la question que nous sommes appelés à nous poser toute la vie. Autrement dit, Jésus n’est-il pas aussi pour nous un scandale permanent ?

Si l’on s’en tient au portrait qui nous est fait de lui au 1er siècle de notre ère, nous avons déjà de quoi être étonnés. Et on ne manque pas, ces dernières années, de publications sur l’homme de Nazareth, le juif de Galilée, le Christ philosophe, ni de recherches scientifiques sur le Jésus de l’histoire. Mais, nous savons bien que nous ne pouvons en rester là. Tout comme ne peuvent en rester là nos contemporains qui n’ont pour seul bagage chrétien que le souvenir du catéchisme de leur enfance. S’en tenir au Jésus d’autrefois ne suffit pas à dire grand-chose du fils de Dieu qu’il est pour nous aujourd’hui.

C’est à ce point que Jésus réagit maintenant : nul n’est prophète dans son pays ! Qu’on le veuille ou non, le Christ des Evangiles n’est pas seulement un personnage de l’histoire, pas même un modèle de sagesse universelle, il est un prophète de Dieu, le Prophète des temps derniers que Dieu s’est choisi pour se révéler à nous de manière ultime et définitive. Que Dieu ait un Fils et que ce fils soit ce Nazaréen, voilà qui est scandaleux aux yeux des autres religions monothéistes, qu’elles soient juives ou musulmanes. Et nous-mêmes qui croyons le connaître à travers la foi de l’Eglise est-il prophétique aussi pour nous ? Est-il Celui qui aura toujours une longueur d’avance sur nous ?

Voilà bien le paradoxe de notre foi chrétienne : Jésus est ce prophète incompris par ceux qui s’imaginent être proches de lui, alors que ce sont les foules qui viendront l’écouter et se faire guérir qui parleront le mieux de lui. C’est dire que les apôtres, par leur manque de foi, deviendront à leur tour un scandale pour Jésus. Pierre, le premier, en fera les frais, lui qui sera une occasion de chute quand il refusera que Jésus soit soumis à la souffrance. Sans parler de Judas, qui le trahira, tandis que les autres se désolidariseront de Lui à l’heure de la Passion. Et nous-mêmes, quelle part prenons-nous dans ce scandale de la foi ? L’Evangile est-il une parole prophétique pour notre temps, est-il force d’interpellation par rapport à une foi passéiste, endormie ou timorée ?

Que ce temps d’été soit un moment favorable pour relire une année vécue sous le regard de notre Dieu. Un temps pour faire mémoire avec Lui : rendre grâce pour ce qui nous a été donné de vivre en Sa présence, regretter aussi les rendez-vous manqués et surtout demander à Dieu de nous affermir pour l’avenir. Que cet été soit aussi un temps pour poser ou reposer des choix de vie. Le disciple du Christ n’est-il pas, à sa manière, un prophète incompris à la suite de son maître ? Comme il est difficile parfois pour des adolescents ou de jeunes adultes de faire connaître à leur entourage certains choix de vie radicaux : une demande de baptême ou de confirmation, la préparation d’un mariage chrétien, un engagement dans un service ou une œuvre caritative, sans parler de l’entrée au séminaire ou au monastère…

C’est dire que la foi authentiquement vécue ne nous laissera jamais tranquille. Elle conduira parfois le disciple à poser des choix contraires à l’esprit du monde et à connaître un jour ce que son maître lui-même a connu : le passage crucifiant par un dépouillement à soi-même pour vivre un plus grand amour de Dieu et des autres. Dans le même temps, le disciple fera l’expérience libératrice que la foi n’est pas réductible à un savoir mais qu’elle est de l’ordre d’un Amour qui s’accueille et qui s’offre sans condition. Et que là se donne à vivre le vrai scandale de la foi qui ne se transmet pas mais qui s’éprouve par l’intelligence d’un cœur qui aime, à la mort et à la vie, pour une plus grande fécondité spirituelle. Amen.

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